A quoi reconnaît-on que l'on est célèbre? Aux sourires des gens dans la rue, au fait que vous avez toujours une table de libre au restaurant, aux femmes nues qui se jettent sur vous, aux menaces de mort en SMS... Ce sont de bons indicateurs mais lorsque Jame vous demande une interview, alors là, vous comprenez que c'est la consécration. Plus que Pif Gadget et nous aurons enfin réussi notre vie... Jpop Trash s'est prêté au jeu de cette interview au mois de mars 2006. Retour sur un morceau d'anthologie!


Jpop Trash
L'ultime interview

Derrière le nom Jpop Trash se cache un site qui a fait couler beaucoup d'encre du côté de la jmusic. JaME s'est donc penché sur son sujet et vous livre ici une petite interview. Bonne lecture !

Pouvez-vous présenter ce qu'est Jpop Trash pour ceux qui ne connaissent pas encore le site ?
Jpop Trash : La plus grande escroquerie de toute la Jpop et l’un des sites les plus malhonnêtes qui soit au monde.

Comment se fait-il que YesAsia (un site de VPC) fasse sa publicité sur votre site, c'est assez paradoxal !
Jpop Trash : Ça le serait si nous avions écrit que nous n’aimions pas l’argent. Ce n’est pas le cas. Nous ne faisons pas partie de ces « rebelles » qui crachent sur la société de consommation alors qu’ils ont le dernier iPod à 500€ dans la poche. Jpop Trash est devenu une pompe à clic depuis sa réinstallation sur le serveur de Nihon-fr. Nous profitons d’un référencement royal qui nous amène toujours plus de visiteurs du monde entier, bien que le site soit tout en français. Nous doublons notre audimat tous les six mois en moyenne. Il était vraiment dommage de ne pas coupler cela à un partenariat financier avec Yesasia. Nous gagnons de l’argent en nous foutant de la gueule du monde. On a même pas honte en plus.

Qui a contacté l'autre ?
Jpop Trash : Nous les avons contactés. Du moment que ça leur fait de la publicité, ils se moquent du site. Vous savez, ils vont même jusqu’à accepter des partenariats avec des trackers BitTorrent de Jpop alors…

Qui sont en réalité les Trasheurs, les auteurs du site ?
Jpop Trash : Une seule personne, qu’il est inutile de citer, a fait son coming out sur ce site, les deux autres n’y tiennent pas. Deux contre un, la majorité a parlé, ça restera donc secret. Consultez les archives publiques du gouvernement dans 50 ans pour découvrir leurs noms….

Y a-t-il des filles dans l'équipe, sinon pourquoi ?
Jpop Trash : Oui, une fille est à la base du site, elle s’occupe du layout de la page d’accueil quand elle en a le temps. Elle a d’ailleurs du mal à réaliser qu’elle est à l’origine d’un site Jpop devenu culte.

Vous déclarez être des fans de Jpop de longue date mais vous moquez-vous des artistes que vous aimez ou uniquement de ceux que vous détestez ?
Jpop Trash : Des deux. Nos propres chouchous ne sont pas exempts de tout reproche, loin de là… Mais nous en sommes parfaitement conscients. Nous n’avons pas d’œillères.

Dans quelle catégorie de fans vous classez-vous ?
Jpop Trash : Fans réveillés. Nous avons fait notre auto-critique depuis longtemps.

Avez-vous été otaku à une période de votre vie ?
Jpop Trash : Bien sûr ! Comme tout le monde. Nous aussi nous avons eu des posters plein les murs, couru après des mangas, des goodies ridicules, des Cd en édition limitée, des DVD etc. Ceux qui prétendent le contraire sont des menteurs ou tout simplement des envieux parce qu’ils n’en ont pas. Etre fan de Jpop et autres japoniaiseries, c’est avant tout entrer dans un monde de surconsommation excessive et de collectionnite aiguë, à l’image même du Japon finalement. Nous nous sommes largement calmés depuis ; nous avons vieilli et notre argent est réservé à des choses plus prioritaires.

Quels artistes sont vos cibles favorites ?
Jpop Trash : Ceux qui traînent les fans les plus débiles, comme par exemple Gackt, Ayumi Hamasaki, X Japan ou Mana. Nous ne disons pas que tous les fans de ces artistes sont des cons, mais les plus cons y sont par contre. On a le public qu’on mérite dans la vie de toute façon.

Quelles sont vos limites à la moquerie ?
Jpop Trash : Les trucs à problème, comme la religion et les machins raciaux. Même au second degrés, c’est la porte ouverte aux emmerdements sérieux. Nous préférons rester dans l’humour école primaire. Jpop Trash est un site de potaches avant tout. On ne s’est jamais pris au sérieux. Nous ne donnons aucune leçon également, nous ne sommes pas Charlie Hebdo. Nous exposons notre vision d’un monde que nous connaissons bien et c’est tout. Il n’y a pas marqué : « Nous avons raison et vous devez penser comme ça ! » On nous accuse souvent d’être homophobes, ce que nous ne sommes absolument pas pourtant. Le plus amusant est que ces accusations ne sont lancées que par des hétéros, surtout des fans de yaoi de 14/15 ans qui, eux, n’ont jamais rencontré d’homos de toute leur courte vie. Des références donc… Tous les mails reçus de la part de gays revendiqués nous ont assurés que Jpop Trash n’était absolument pas homophobe, ça nous suffit.

La plupart de vos détracteurs vous accusent d'être moches, sans vie sociale, frustrés, etc... Qu'avez-vous à leur répondre ?
Jpop Trash : Qu’ils prennent leur propre cas pour une généralité. Les trois webmasters de Jpop Trash ont une vie, des amis, un travail, des projets d’avenir et un(e) petit(e) ami(e) mais ça, ils ne le croiront jamais. On ne va pas passer notre précieux temps à essayer de les convaincre du contraire comme eux le font en nous écrivant pour nous prouver a+b qu’ils ne sont pas comme nous les avons décrits dans nos portraits de fans parce qu’ils se sont immédiatement reconnus dedans… On a autre chose à faire. Alors qu’ils croient ce qu’ils veulent, on en a rien à foutre.

Vous ne publiez parmi les courriers que ceux qui vous insultent. Vous ne recevez que ce genre-là ou est-ce celui-là qui vous fait le plus plaisir ?
Jpop Trash : Nous recevons bien plus de courrier de félicitations que d’insultes. Ça fait plaisir certes, mais ce n’est pas très excitant. Les afficher serait une vraie branlette, un peu comme le courrier d’Animeland… On s’amuse beaucoup plus avec nos boulets qui nous conchient dans leur langage SMS parce que nous avons « osé » blasphémer le nom de leur idole. Leurs pauvres mails, exposés dans le courrier de cons de notre site, sont à chaque fois de véritables séances de rigolades pour nous et activement recherchés par notre clientèle.

Que pensez-vous des sites dans le même style que Jpop Trash ?
Jpop Trash : C’est pas fameux mais ça constitue une alternative à Jpop Trash pour les fanatiques bon public qui veulent rire un peu de leurs idoles mais pas trop… Ils sont d’accord pour lire que Kyo de Dir En Grey est une fausse blonde mais pas qu’il se griffe le torse sur scène parce qu’il a de l’urticaire…

La musique japonaise se fait de plus en plus connaître en France, que cela vous inspire-t-il ?
Jpop Trash : Rien, c’est juste une histoire de mode à toute petite échelle. En cherchant bien, on devrait trouver en France les mêmes communautés avec la musique yougoslave, turque ou indienne. Nous rions très fort lorsque nous lisons les blogs ou mails de goth-poufs braillant que le rock visuel débarque et envahi la France... Lors du concert de Dir En Grey à l’Olympia en 2005, la moitié des fans français de rock visuel était présente. L’autre moitié est restée chez elle. Ça monte à même pas 5000 petites têtes tout ça. Même chose avec la Jpop tendance « idoles ». C’est pas demain la veille que l’on verra Gazette dans le Hit Machine ou les Morning Musume chez Drucker…

Les fans d'aujourd'hui sont-ils les mêmes que les pionniers ?
Jpop Trash : Non, ceux de maintenant sont avant tout des larves passives. Les « pionniers » comme vous dîtes, ceux qui étaient là il y a de cela 10/15 ans, étaient actifs parce qu’ils n’avaient pas le choix. Il n’y avait rien, tout était à bâtir. Le Net n’existait pas, il fallait se bouger le cul pour trouver son bonheur et ce n’était pas simple. Il fallait avoir de généreux contacts au Japon pour obtenir des news qui dataient de 6 mois sur K7 audio, quelques coupures de magazines et, quand on avait vraiment de la chance, une K7 vidéo. Et même lorsque le Net a débarqué, c’était pas encore le pied. 20mn pour toper un mp3 en 56K, et des factures de téléphone qui explosaient. Désormais, il suffit d’allumer son ordinateur et de laisser pomper à plusieurs dizaines de mo/s pour obtenir les tous derniers DVD ou albums en date pour moins de 25€ par mois, facture bien souvent payée par papa/maman. Les gosses de maintenant ne savent pas la chance qu’ils ont. Mais tout cela a tué la passion et l’envie, on vient à la Jpop juste pour télécharger des trucs qu’on écoute ou regarde tout juste. On entasse passivement et on compte sur les autres pour trouver ce qu’on cherche. Beaucoup de ces mêmes « pionniers » ont largué l’affaire, ils ont vieilli, et également compris que cette communauté ingrate ne valait pas le coup qu’on se casse le cul pour elle. Il y a également une énorme inculture musicale crasse chez les newbies par rapport aux anciens. Quand on les voit écrire que le rock visuel est un produit 100% original ou que Hikki est la reine du r’nb, on réalise les dommages qu’a provoqué Skyrock chez eux. Et nous ne parlerons même pas de leur utilisation écrite de la langue française, nous risquerions de devenir méchants…

Quel genre de fans trouvez-vous le plus pathétique ?
Jpop Trash : Nous avons une prédilection pour les petites bourgeoises de 15 ans fans de rock visuel depuis trois semaines, mouillant comme des éponges devant des travelos grotesques, écrivant en SMS sur leur Skyblog et devenant hystériques quand elles lisent un commentaire de travers dessus. Elles seraient nées plus tôt, elles auraient été de grandes fans des 2be3. Le rock visuel n’est qu’un vivier à boys bands pour ces truies en chaleur. La musique leur est totalement secondaire. Comme elles doivent en chier dans la vie… A Jpop Trash, nous espérons beaucoup de la grippe aviaire.

Si vous deviez faire un top 5 mondial des fans les plus ridicules selon vous, quel serait-il ?
Jpop Trash : Aucun pays n’a le monopole du fanatisme.

Est-ce que vous profitez du fait de balancer des critiques envers des fans et artistes pour que l'on oublie que vous êtes vous-mêmes fans au vu des recherches que vous faites pour vos différentes sections ?
Jpop Trash : Non, la faq de notre site explique bien que nous sommes nous-mêmes des fans de Jpop et que nous baignons dedans depuis très longtemps. Seuls des fans calés sur le sujet pouvaient monter un site comme celui-ci. On ne tient pas sur moins de cinq artistes comme la majorité des fans français de Jpop.

Pourquoi avoir lancé un tel site ?
Jpop Trash : C’est marqué dans notre faq

Aviez-vous honte déjà il y a quelques années des fans de jmusic ?
Jpop Trash : Il y a toujours eu des cas sociaux, même lorsque les fans se comptaient sur les doigts d’une main de lépreux à Paris.

Est-ce que le site est un moyen pour vous de vous dégager de vos hypothétiques complexes comme entre autre d'écouter de la musique japonaise un peu kitch ?
Jpop Trash : Nous avons toujours assumé notre mauvais goût au grand jour lorsque nous reprenons nos « identités secrètes ». Les trois webmasters de Jpop Trash ont chacun leur site de Jpop. Nous n’écoutons rien en cachette.

Pensez-vous continuer encore longtemps où pensez-vous en avoir fait bientôt le tour ?
Jpop Trash : Nous devons malheureusement reconnaître que Jpop Trash s’est embourgeoisé, il fait de plus en plus rire alors qu’il fût crée pour faire pleurer. La première année, en 2003, fut la meilleure, avec des menaces de mort et autres hurlements en chaîne sur les mailing list visuelles. C’était dantesque. Le succès massif du site aidant, beaucoup ont retourné leur jupe plissée depuis. On se souvient de fans qui nous ont envoyés des mails de haine pure et simple en 2003, nous souhaitant le pire des cancers « pour venger Hide », et qui, désormais, nous encensent sur leur blog. Cela montre également le côté « girouette » de certains ; il suffit que le vent tourne pour qu’ils changent d’avis. Nous avons encore pas mal d’idées pour le site mais le problème vient du manque de temps pour les mettre en chantier et de la flemme. Jpop Trash continuera jusqu’à ce qu’il ne nous rapporte plus du tout d’argent. Ensuite, nous le laisserons probablement en ligne car le fanatisme est intemporel.

Pourquoi pas un Fpoptrash ?
Jpop Trash : Parce qu’on a une vie en dehors du Net. Et puis on s’en fout de la pop française. On n’est même pas sûr que ça existe d’ailleurs… Si c’est pour dire que Lorie se fringue comme si elle faisait le ménage ou que Bénabar est le fils spirituel de Joe Dassin, ce n’est pas très passionnant. Et puis tout le monde les descend déjà bien assez comme ça toute l’année. Jpop Trash parle d’artistes quasiment inconnus par chez nous, c’est mieux. Vous avez des idées de sites ? N’attendez pas après les autres et faîtes-les vous-mêmes !

D'où est née l'idée de trasher la Jpop ? Y a-t-il eu un déclic, un évènement qui a provoqué votre décision, quelque chose d'anecdotique sur la création de Jpop Trash ?
Jpop Trash : Non aucun, il n’y a qu’à regarder, par exemple, un concert d’Ayumi Hamasaki pour comprendre à quel point la Jpop est ridicule et de mauvais goût. Par chance, il n’y a pas que ça, mais force est de reconnaître que ce qui marche le mieux sont très souvent les trucs les plus merdeux. Jpop Trash ne fait que montrer tout cela, en forçant le trait, et encore… Nous sommes parfois très loin de la réalité, aussi bien avec les artistes que les fans.

Quel est votre point de vue sur l'arrivée des concerts de "visual" en France ?
Jpop Trash : Nous y voyons là uniquement un bon moyen pour certains de se remplir les poches facilement et de gonfler l‘ego et le CV de petits étudiants en commerce. Il n’y a aucune volonté ni passion de faire découvrir un truc nouveau là-dedans, c’est juste de l’opportunisme. Les machins asiatiques sont à la mode en ce moment, ils exploitent simplement le filon, c’est tout et ils ont bien raison. Les fanatiques sont prêts à se ruiner pour leurs idoles. Quand on sait que certains ont payé 200€ pièce pour racheter des cartons d’emballages vides griffés « Moi Dix Mois » lors du Japan Expo 2004, on se dit que c’est presque un devoir que de plumer de pareils pigeons !

Comment mesurez-vous les impacts de cet évènement : changement de goûts des fans, nouveaux types de fans ?
Jpop Trash : Ces événement nous font penser à des réunions Tupperware. Ce sont essentiellement des occasions pour les fans de prendre l’air et de parler à des personnes « pour de vrai »... Ça les change de MSN. Le dernier concert en date à l’heure actuelle fut Kokia, une artiste de talent. Mais à la lecture des résumés des fans présents, la seule chose que l’on retient, ce sont des gens qui ont essayé de se reconnaître dans la salle… « Ah, moi j’étais au 4e rang tu m’as vu ? Ah ben nan, moi j’étais tout au fond de la salle ! Ah ben vous avez eu de la chance, moi je suis resté coincé dans les chiottes durant tout le concert… » Avant, ils attendaient tous Japan Expo, parce que c’était leur seule sortie de l’année. Désormais il y aura deux ou trois concerts en plus pour qu’ils puissent se faire des amis…

Quelle est votre vision de la communauté Jmusic par rapport au média Internet : avez-vous ressenti des changements, des innovations?
Jpop Trash : Il est évident que sans Internet, on ne serait pas là. Mais à cause de ça, la musique est devenue jetable. On télécharge, on écoute, on jette. Enfin, on ne regrette absolument pas l’époque épique du ravitaillement par les corbeaux dont nous vous parlions plus haut.

Est-ce pour vous une bonne chose que la communauté soit si enracinée aux moyens de communication virtuels?
Jpop Trash : Lorsqu’on est moche, nul, vide, obèse, seul, sans conversation, fanatique, avec des problèmes psychologiques ou/et familiaux, mieux vaut se planquer derrière un écran. Le Net est la chance des fans-autistes pour faire croire qu’ils sont normaux.

Merci à Jpop Trash d'avoir répondu à nos questions.


JaMe French Team - 23/03/2006 

home