Plus fort que Jmusiceuropa, Japan Vibes, Pati Pati, Pata Pata et Motoculteur Magazine réunis, Jpop Trash a réussi l'impossible en décrochant la première interview donnée par Hide sept ans après sa mort! Réalisée en août 2005 dans nos locaux, au 10 rue Montmartre, ce fut un véritable échange enrichissant et poignant. C'est un Hide simple, sympa et maigre que nous avons découvert et que l'on ignorait totalement (sauf pour la maigreur). Seule ombre au tableau, Christophe, notre chien, qui s'est barré en emportant avec lui un de ses tibias. Hide dut rentrer chez lui en boitant légèrement. Le toutou a été sévèrement grondé avant d'être confié à un restaurant vietnamien chargé de le rééduquer...


Hide, tel qu'on l'a découvert le 2 mai 1998 (simulation réalisée sur ordinateur MO5 Thomson) 

Tout d'abord Hide, merci de nous accorder un peu de votre repos pour répondre à toutes nos questions fascinantes.
Pas de problème, j'ai du temps de libre depuis 1998 vous savez. Pour tout vous dire, je me fais même plutôt chier. Par chance, on m'a enterré avec ma guitare, j'en joue pour passer le temps.

C'est pas trop dur de jouer de la guitare dans un cercueil ?
Au début si, mais je me suis adapté, je joue désormais comme les Gypsy Kings, vous savez, avec le manche à la verticale. Ils ont toujours joué comme ça à cause du manque de place dans leur caravane…

Tout d'abord, une question brûle les lèvres de tous vos fans, et surtout celles des filles : que vous est-il arrivé ce 2 mai 1998 ? Suicide ou quoi ?
Bah, un truc tout con. Je picolais et me droguais depuis pas mal de temps déjà. Ça me faisait déprimer. Et plus on déprime, plus on se came, et donc plus on déprime. C'est un cercle vicieux et puis ça fait partie du folklore des rebelles. Enfin rebelle… Il faut le dire vite. Un rebelle n'est jamais milliardaire que je sache. La notion de rébellion est très subjective. Pour moi, un petit comptable qui arrive à truander le fisc sans se faire prendre est bien plus rebelle qu'un chanteur crachant sur le monde capitaliste qui le nourrit si bien. En fait, nous sommes esclaves de notre public qui demande que l'on fasse ce que eux ne sont pas capables de faire, à savoir s'autodétruire. Nous sommes le piment de leur vie minable et plus on se détruit, plus ils nous aiment. Nous ne sommes que de la chair à canon par procuration pour eux. (silence) J'ai pensé à cette vie de con qu'était la mienne, du fait que j'étais désormais prisonnier du personnage que j'avais construit au fil des années. J'en avais marre de cette réputation que je traînais comme un boulet. J'étais devenu un clown. Je me pointais sur un plateau télé, je devais tirer la langue sans arrêt et jouer les bad boys avec mes cheveux rouges style brosse à chiottes et mes lambeaux de fringues qui me faisaient attraper froid la plupart du temps. Même au boulot, c'était comme ça. Matez le clip de Pink Spider, j'ai vraiment l'air d'un con. A quoi bon continuer ? J'étais foutu. Un exemple : depuis des années, je voulais aller visiter Disneyland et voir Mickey Mouse en vrai mais je ne pouvais pas, rapport à ma réputation. J'y suis allé une fois, en costume d'X Japan pour une promo à la con, on m'a pris pour un des indiens de la grande parade…

Mais pourquoi la pendaison ?
Pour un guitariste comme moi, c'était dans mes cordes. (il rigole de sa vanne en faisant claquer sa mâchoire) Non, plus sérieusement, ça s'est fait comme ça. J'étais tellement défoncé que je me suis pendu avec le premier truc que j'avais sous la main, à savoir une serviette. J'avais pensé à la bonnette de douche au début mais c'était pas pratique. Ensuite, j'ai songé à avaler tout cru la savonnette mais bon, la serviette, c'était le mieux et ça a bien marché. C'était pas évident à réaliser parce qu'il faut une sacrée force pour briser le cou d'un habitué du head banging vous savez. Auparavant, j'avais déjà pensé au suicide dans mon appart. Je voulais faire ça au gaz. J'avais mis ma tête dans le four et puis au dernier moment, je me suis rappelé que tout fonctionnait à l'électrique chez moi…

Pas d'autres raisons particulières ?
Ben… si ! Je peux le dire maintenant. C'était pour imiter mon idole Dalida, elle est morte le même jour que moi, le 2 mai, mais en 1987. J'adorais cette femme, Ayumi Hamasaki lui a tout piqué. Même son côté "travelo"!

C'était pourtant inscrit sur le mur de l'hôtel : interdiction de se pendre!

Oublions ce triste épisode. Que feriez-vous à l'heure actuelle si vous étiez encore parmi nous ?
Déjà, j'irai chez le coiffeur. Vous savez, un squelette avec des cheveux rouges, on garde difficilement son sérieux… Et puis ça esquinte le cuir chevelu. Sinon, je me recyclerai dans la Jpop. Y'a plus que ça qui paye. Regardez Gackt ou Ryuichi Kawamura. Ils sont toujours là parce qu'ils ont su évoluer. Il faut vivre avec son temps, le rock visuel, c'est fini, comme le punk ou le grunge. Le rock pur et dur est déjà enterré depuis longtemps alors le rock visuel, vous imaginez… Ce sont juste des styles musicaux en vogue pendant une certaine période, parce que ça colle avec l'époque, et puis ensuite, c'est fini. Et ceux qui s'accrochent encore dessus au premier degré des années après ne sont rien d'autres que des ringards. Je pense que je produirai des groupes de faux rebelles tenant sur deux accords de larsen de guitare, comme Glay par exemple. Je les avais lancé d'ailleurs eux en 95. Belle carrière depuis, même s'ils n'ont qu'un public d'adolescentes.

Savez-vous que des tas de fans français vous écoutent encore ?
La France… C'est pas ce pays toujours à la traîne niveau mode et musique ?

Qu'est-ce qui vous révolte le plus depuis votre départ ?
Outre le fait que des empaffés aient fait mes poubelles de studio pour sortir en Cd des sound check et autres maquettes merdeuses que je n'aurais jamais commercialisé de mon vivant, je dois admettre que le fait de me voir vendu sous forme de peluches me fait sortir de mon cercueil à reculons. Alors ça, non ! Merde, je faisais du rock moi ! Enfin, j'essayais. Ce sont les Spice Girls qu'on sort en poupée, pas moi ! Je ne suis pas une idole à gamines !!

Ben pourtant, c'était le plus gros de vos fans vous savez…
Ouais, je sais. C'est une triste réalité. J'en ai parfois honte jusqu'au plus profond de ma cage thoracique... Qui peut prendre au sérieux des nabots japonais pesant 45kg chacun, surenchérissant les Américains en tout, pour des rockers méchants à part des gens immatures ou attardés ? D'ailleurs, en apprenant ma mort en 98, trois bouffonnes âgées de 14 ans m'ont imité et suivi dans la tombe. Ça montrait déjà l'âge et le niveau de mon public. Leurs parents ont dû être contents… Y'a que Saddam Hussein qui a fait mieux que moi là-dessus. Quand on regarde bien les vieux lives de X Japan, dans la salle, y'a que des adolescentes. Je me souviens que dans les derniers concerts qu'on a donné, on avait pensé à équiper
le plancher de grilles d'écoulement. Les pauvres filles mouillaient tellement qu'elles barbotaient dans leur propre jus à la fin du show. X Japan n'était rien d'autre qu'un boys band ! C'est une période que les Japonais veulent oublier dirait-on. Dans les différents best of des années précédentes style Utaban, on ne voit presque jamais la scène visuelle. Curieux…

L'os de Hide qui servit de pompe à moelle pour sauver une de ses fans de la peste bubonique. Bientôt disponible sur la petite boutique de Jpop Trash.

Vous saviez qu'il existait même un musée Hide ?
Ouais, il a fermé en septembre 2005 d'ailleurs. Tant mieux ! On me colle l'étiquette de légende mais le musée n'était pas rentable, bizarre. N'est pas Tezuka ou Elvis Presley qui veut... C'était le Centre Pompidou du rock visuel ce truc ! Jamais je n'aurais voulu ça de mon vivant. Mon frère est dans le coup ça se voit. Il a raté sa vie alors il se rattrape avec mon cadavre, comme Orlando, le frère de Dalida. On y revient encore à elle. Cette exploitation de ma personne était un scandale. Je suis bien content que ça ait fermé. Finalement, dans ce genre de mausolée-concept, y'a que celui de Lenine qui tienne le coup et pour cause, il est dedans.

Vous venez de voir notre site Jpop Trash, qu'en pensez-vous ?
Je ne comprends pas le français. (serrant soudainement ses métacarpes en nous menaçant) J'espère que vous ne vous faîtes pas d'argent sur mes omoplates !!

Non non, rassurez-vous, et Jpop Trash est un site déclaré d'inutilité publique mais certains de vos fans les plus atteints nous ont écrits scandalisés pour nous dire que notre montage avec la serviette autour de votre cou était un manque de respect. Vous en pensez quoi ?
Ils ont raison ! Cette serviette bleue est d'une laideur affreuse ! La mienne était blanche, soyez un peu plus précis la prochaine fois.

Et pour ceux qui nous parlent de respect envers votre personne défunte ?
Tout le rock visuel est basé sur le mauvais goût ou la provocation. Plus c'est morbide, plus ils sont contents, mais dès que ça les touche personnellement ou qu'ils comprennent ce que ça veut dire, ça les gêne. Ils adorent nous voir revêtir des uniformes nazis, chose qu'ils condamneraient de suite chez un autre qu'ils n'aiment pas. Ce sont des fanatiques. Quant au respect à avoir envers moi, s'il doit y en avoir, ce serait de ne pas acheter les Cd et autres merdes commerciales qui sont sortis juste après ma mort pour exploiter ma nouvelle notoriété de star morte. Ça, c'est irrespectueux ! Mais comme la plupart de ces fans ne savent que consommer à outrance hein… Difficile de leur faire comprendre ça. La musique ne les intéresse pas, ils ne veulent qu'entasser du plastique, du papier glacé et de la peluche… Ça remplace la présence amicale qu'ils n'ont pas dans la vraie vie.

Pour finir, que vous a apporté la mort ?
La paix mais ça, je crois que c'est normal.

Pas de changement physique particulier ?
A part que j'ai besoin d'une autre déco, j'ai pris aucun kilo, je fais toujours le même poids que de mon vivant ! Dingue non ?

 

Propos recueillis par les Trasheurs.

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